Nature morte.
Pour répondre aux questions de certains élèves devant la volonté hégelienne de ne pas réduire la fonction de l’art à l’imiatation de la nature, je reviens un instant sur le concept de nature morte.
Copier la nature c’est nécessairement échouer, mais plus qu’une erreur ce serait une faute morale . Car la fonction de l’art est de permettre à l’homme de s’accomplir en humanité. L’art pariétal, c’est l’enfance de l’art, une étape nécessaire mais qui ne doit être qu’une étape pour engager l’essence de l’art.
Il ne peut rivaliser avec la nature mais il peut se dévaloriser, se perdre à essayer. Pour autant, il ne s’agit pas de se détourner de la nature, plutôt de la détourner.
Ainsi on préfère la réflexion de l’artiste à la réflection de la nature. La métamorphose de Narcisse à au grotesque du ver mimant l’éléphant.
Mais la nature morte me direz-vous ?
Diderot disait d’ailleurs « natures inanimées » pour évoquer les fruits, les fleurs ou les animaux proposés aux regards de ses contemporains.
Se saisir de la nature c’est nécessairement la réduire et la trahir, c’est plus sûrement encore la tuer dans sa réalité mobile, dynamique.
L’image du monde flottant (Ukiyo-e en japonais) ne peut qu’évoquer ce qui l’inspire, mais par contre elle respire, elle transpire de l’humanité qui l’a engagée.
Voyez la définition donnée par l’historien de l’art Charles Sterling en 1952 :
« Une authentique nature morte naît le jour où un peintre prend la décision fondamentale de choisir comme sujet et d’organiser en une entité plastique un groupe d’objets. Qu’en fonction du temps et du milieu où il travaille, il les charge de toutes sortes d’allusions spirituelles, ne change rien à son profond dessein d’artiste : celui de nous imposer son émotion poétique devant la beauté qu’il a entrevue dans ces objets et leur assemblage. »
La nature morte n’est donc pas une fenêtre ouverte sur la nature même, mais un miroir qui nous renvoie l’âme humaine.
« C’est ainsi que Zeuxis peignait des raisins qui avaient une apparence tellement naturelle que les pigeons s’y trompaient et venaient les picorer, et Praxeas peignit un rideau qui trompa un homme, le peintre lui-même. On connaît plus d’une de ces histoires d’illusions créées par l’art. On parle dans ces cas, d’un triomphe de l’art. (…)
Il y a des hommes qui savent imiter les trilles du rossignol, et Kant a dit à ce propos que, dès que nous nous apercevons que c’est un homme qui chante ainsi, etnon un rossignol, nous trouvons ce chant insipide. Nous y voyons un simple artifice, non une libre production de la nature ou une oeuvre d’art. Le chant du rossignol nous réjouit naturellement, parce que nous entendons un animal, dans son inconscience naturelle, émettre des sons qui ressemblent à l’expression de sentiments humains. Ce qui nous réjouit donc ici c’est l’imitationde l’humain par la nature ».
Hegel, Introduction à l’Ethétique.
Nous aimons l’idée d’une nature qui nous copie ou nous rend hommage… plus que celle d’une nature outragée car plagiée.
Quand même;
Vanité quand tu nous tiens.
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