Lettre d’Otto Heinebach, un soldat allemand, qui écrit à ses parents la veille de la bataille de Verdun, vendredi soir, le 18 février 1916.
J’ai découvert cette lettre il y a peu, et je pense que pour finir l’année 2009 sur ce blog, un peu de gravité ne sera pas inutile. Le fait que cet homme qui va mourir soit plus lucide que nous sur le sens du bonheur, nous invite à faire l’inventaire du futile et du nécessaire.
La photographie du soldat qui n’est pas inconnu a été faite au cimetière d’Usson près de l’Eglise Saint-Maurice, dans le Puy de Dôme, non loin de l’auberge de la reine Margot où l’on mange divinement bien. L’autre photographie parle d’elle-même.
« Je vous dis adieu, mes chers parents et frères et soeurs. Merci, mes plus tendres remerciements pour tout ce que vous avez fait pour moi. Si je tombe, je vous en supplie sincèrement, endurez-le avec force d’âme. Songez que je n’aurais sans doute jamais réussi un bonheur et un contentement parfaits…
Adieu. Vous connaissez et avez rencontré tous ceux qui m’ont été chers ; vous leur direz au-revoir pour moi. De cette manière, je procède en imagination à l’extinction des feux de mon existence, à la veille de cette terrible bataille. Je me retire du cercle dont j’ai formé une partie aimée. Le vide que je laisserai devra être comblé ; la chaîne humaine doit rester ininterrompue. Moi qui en ai constitué un jour un petit maillon, je la bénis pour toute l’éternité. Jusqu’à la fin de vos jours, je vous en supplie, souvenez-vous de moi avec amour et tendresse. Honorez mon souvenir sans l’embellir et chérissez-moi dans vos coeurs aimants et fidèles. »
Otto Heinebach, étudiant en philosophie de Berlin.


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