Renouer le fil du temps

letempsblog.jpg

La Mandoline du capitaine Corelli de Louis de Bernières

édition Denoël & d’ailleurs 1996 (suite)

Une moto et une mandoline pour renouer avec le présent et guérir les blessures du passé.

 

Il est bien tard pour se souvenir que le bonheur est encore possible, mais pas trop tard. Le filet d’eau peut remplir la carafe si on lui laisse le temps. Il n’y aura pas d’éclaboussures, pas de tourbillons et surtout pas de débordement. L’essentiel sera pourtant là, il y aura la joie d’exister à l’unisson de l’autre, comme cette chevauchée finale où le capitaine Corelli sur sa moto, Pélagia accrochée à sa taille amaigrie, roule à la rencontre du passé. Elle se cristallisera dans le tableau improbable de trois jeunes filles en fleurs sur une mobylette poussive, parties pour un rendez-vous avec leur amour naissant.

 

« Yannis regardait ces visages sans rides du passé lointain et il eut soudain une sensation bizarre. Bien entendu, il n’y avait pas de couleurs dans les temps anciens, et tout était plus ou moins gris, mais ce n’est pas à cause de ça. Ce qui le troublait, c’était que toutes ces photos avaient été prises dans un présent, un présent qui avait disparu . Comment se faisait-il que tout ce qui restait de tant de vie c’était de petits carrés de papier taché avec des images dessus? »

 

Nous sommes à la fin de l’aventure tragique du capitaine Corelli et de Pélagia. Chacun a fait sa vie, plutôt à vécu le temps de sa vie. L’une croyant l’autre mort et lui la croyant mariée, mère et heureuse. Le fantôme venait régulièrement vérifier que ses yeux ne lui avaient pas menti, il se remplissait d’un bonheur étranger, un bonheur étrange qui ne lui avait jamais vraiment appartenu.

Puis vient l’improbable rencontre du passé et du présent, dans la figure de cet enfant surgit de l’instant, qui sur une mandoline familière ravive les sons du passé.

Antonio n’en croit pas ses oreilles, cet instrument va permettre de renouer les fils du passé, de recoudre la blessure béante. Il est l’enfant qui montre que tout était possible, que le bonheur pouvait avoir un visage vivant sans porter les stigmates du passé. Seul son nom, montre le chemin d’hier à aujourd’hui.

C’est la raison pour laquelle Yannis ne comprend pas que le présent ne s’éternise pas, lui qui le vit au quotidien. Pélagia conjugue le passé au présent, Antonio le présent au passé, il n’y a que Yannis qui soit dans le présent de l’instant et s’étonne de photographies peintures d’une vie qui a cessé.

Comment imaginer que ce que nous vivons aura une fin?

 


Laisser un commentaire