La dure mélodie de l’amour

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La Mandoline du capitaine Corelli de Louis de Bernières

édition Denoël & d’ailleurs 1996

Vous avez peut-être vu le film de John Madden de 1991 avec Nicolas Cage et Penelope Cruz. Un film agréable certes, mais qui réduit la portée intellectuelle de ce livre aux rapports de l’armée italienne en 1940 à la fois aux habitants de l’île de Céphalonie et à l’armée allemande. Sans oublier la relation amoureuse équivoque et grandissante entre l’officier d’occupation et la jeune patriote un peu naïve mais d’une beauté saisissante. On pourra d’ailleurs aisément faire le lien avec les personnages du Silence de la mer, de Vercors. En notant que la source d’inspiration de Vercors est le drame vécu par son ami Saint-Pol-Roux dont la fille a été violée par un soldat allemand ivre.

Mais ce qui manque le plus dans le film, c’est la richesse culturelle que Bernières sollicite à chaque ligne de son roman. De surcroît, en filigrane, la douleur de l’homosexualité dissimulée constitue la trame de cette hstoire, où le plus aimant n’est pas celui qu’on croit.

 

Je vous propose un extrait qui me semble intéressant. Le Dr Yannis a bien compris que la relation de sa fille au capitaine Corelli (Antonio, sa mandoline étant Antonia) était plus qu’un flirt, il la met en garde contre l’illusion du désir et la tentation d’un amour absolu qui s’évapore dans les gouttes d’une rosée fiévreuse.

 

Extrait du chapitre 47

Le Dr Yannis conseille sa fille Pélagia

 

« L’amour est une folie passagère,il entre en éruption comme un volcan et se calme ensuite. Et quand il se calme, il faut prendre une décision. Il faut voir si vos racines se sont entremêlées à tel point qu’il est inconcevable de vous séparer. Parce que c’est ça, l’amour. L’amour, ce n’est pas la respiration coupée, ce n’est pas l’excitation, ce n’est pas l’échange de promesses d’une passion éternelle, ce n’est pas le désir de s’accoupler à chaque minute de la journée, ce n’est pas rester éveillée la nuit en t’imaginant qu’il embrasse chaque recoin de ton corps. Non, ne rougis pas, je te dis certaines vérités. Ça, c’est simplement être « amoureux », ce qui est à la portée du premier imbécile venu. L’amour vrai, c’est ce qui reste quand on a cessé d’être amoureux et c’est à la fois un art et un heureux accident. Ta mère et moi l’avons eu, nous avions des racines qui ont poussé les unes vers les autres sous la terre et quand toutes les jolies fleurs sont tombées de nos branches, nous avons compris que nous étions un seul arbre et non deux. Mais parfois les pétales tombent sans que les racines se soient mêlées. Imagine si tu renonçais à ta maison et à ton pays pour découvrir au bout de six mois, un an, trois ans que les arbres n’avaient pas de racines et qu’ils sont tombés. Imagine la désolation. Imagine l’emprisonnement. »

 

On peut trouver la métaphore légitime. En effet après la saison de l’amour triomphant, il ne reste parfois rien pour nourrir une vie commune. Pour autant, comment savoir, comment déceler dans les prémices d’une relation qu’elle sera celle d’une vie? Car il est toujours trop tard après avoir coupé l’arbre de constater sa réelle vitalité.

C’est toujours le même dilemme, entre la certitude de l’instant et l’angoisse de demain. Aimer à corps perdu c’est prendre un risque, ne pas prendre ce risque c’est refuser d’exister…


Une réponse à « La dure mélodie de l’amour »

  1. Je vous ai fait une petite tentative de commentaire sur l’amour, intitulée « De l’Amour…2010″…
    Joyeuses fêtes de fin d’année…

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