Méditons cette perspective engagée par Paul Valéry :
« Toute vue de choses qui n’est pas étrange est fausse. Si quelque chose est réelle, elle ne peut que perdre de sa réalité en devenant familière. Méditer en philosophie, c’est revenir du familier à l’étrange, et dans l’étrange affronter le réel. »
Nous remarquons d’abord la présence implicite du langage qui dans notre saisie du monde est un véhicule nécessaire mais imparfait de la pensée mais plus encore de la vérité (de l’essence des choses). En effet se représenter le monde c’est nécessairement le mettre à distance, le prendre sans le saisir. C’est la distinction toujours fertile entre le percept des choses et leur concept.
Les mots nous donnent le monde mais le masquent dans un même mouvement. Ainsi penser le monde c’est le re-créer, d’une certaine façon on passe de la Tour de Babel à la tour d’ivoire. Paul Valéry nous montre que la pensée philosophique est un retour aux sources du réel. Nous devons nous méfier de la doxa, qui voile plus qu’elle ne dévoile le monde. L’étrange nous oblige à le regarder, à l’étudier, en un mot à le voir. Philosopher c’est donc lever la grand-voile, partir en voyage de vérité, et quitter la terre des illusoires certitudes du commun, mais paradoxalement en restant à terre (ici celle du langage).
» la terre stérile des signes a bu la pensée, comme le sable boit l’eau ». Alain, Les Beaux-Arts, 1920

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