Esthétique hégélienne

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Nature morte, école hollandaise du XVII ème siècle

 

Extrait de l’Esthétique de Hegel 1835.

Le contenu peut être tout à fait indifférent et ne présenter pour nous, dans la vie ordinaire, en dehors de sa représentation artistique, qu’un intérêt momentané. C’est ainsi, par exemple, que la peinture hollandaise a su recréer les apparences fugitives de la nature et en tirer mille et mille effets. Velours, éclats de métaux, lumière, chevaux, soldats, vieilles femmes, paysans répandant autour d’eux la fumée de leurs pipes…
Au lieu d’une laine, d’une soie réelles, de cheveux, de verres, de viandes et de métaux réels, nous ne voyons en effet que des couleurs, à la place de dimensions totales dont la nature a besoin pour se manifester nous ne voyons qu’une simple surface, et, cependant, l’impression que nous laissent ces objets peints est la même que celle que nous recevrions si nous nous trouvions en présence de leurs répliques réelles…
Grâce à cette idéalité, l’art imprime une valeur à des objets insignifiants en soi et que, malgré leur insignifiance, il fixe pour lui en en faisant son but et en attirant notre attention sur des choses qui, sans lui, nous échappaient complètement. L’art remplit le même rôle par rapport au temps et, ici encore, il agit en idéalisant. Il rend durable ce qui, à l’état naturel, n’est que fugitif et passager ; qu’il s’agisse d’un sourire instantané, d’une rapide contraction sarcastique de la bouche, ou de manifestations à peine perceptibles de la vie spirituelle de l’homme, ainsi que d’accidents et d’événements qui vont et viennent, qui sont là pendant un moment pour être oubliés aussitôt, tout cela l’art l’arrache à l’existence périssable et évanescente, se montrant en cela encore supérieur à la nature.

Dans ce texte Hegel ne revient pas directement sur son refus de l’art comme imitation, plate et stérile de la nature. En effet imiter la nature c’est la dénaturer, c’est échouer nécessairement et surtout c’est perdre son temps.

Les dessins n’auront jamais le parfum des fleurs et les statues la vitalité dynamique des naïades.

L’échec et le ridicule guettent l’artiste qui se perdrait sur le chemin d’un art authentique. Indirectement Hegel y revient cependant en utilisant le terme de « réplique » et celui « d’impression ». Le paradoxe se constitue dans un retour à la nature qui passe par la médiation de l’esprit.

 Le terme le plus important de cet extrait étant « l’idéalité » que l’art permet d’ajouter à la réalité. En un mot l’artiste ne peint pas le monde, il le pense. Il s’agit de mettre en idées le monde comme certains mettent en musique leurs émotions.

L’insiginfiant devient édifiant.

Aussi le spectateur de l’art n’est pas seulement devant un tableau, il est devant un regard, une pensée, une culture, un moment singulier de l’activité de l’esprit face au monde.

Hegel d’ailleurs complète la finalité de l’art dans le rapport au temps. Ce qu’il saisit demeure pour l’éternité au-delà de l’éphémèrité du vivant.

En allemand les Nature mortes se disent vie silencieuse… Allez voir les articles sur la peinture hollandaise  sur le site du Musée du Louvre

 Ainsi les Tournesols ne seront jamais fanés mais ils ne seront jamais ailleurs que dans les champs de la conscience et du regard.

Si Mona Lisa nous intéresse ce n’est pas son sourire qui nous arrête mais son attitude, le mystère qu’elle porte en elle et qui fait parler l’humanité.

 L’artiste doit imiter le geste créateur, il doit penser le monde, sa tentation au réalisme est prétentieuse.

L’argumentation de Hegel nous conduit aux portes de l’hyperréalisme et de l’impressionnisme. Le Réel est dans l’oeuvre de l’artiste davantage que dans la réalité du monde.

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