Peut-on envier le bonheur de l’imbécile ?
A la question : Si je n’avais plus qu’une heure à vivre ?, qui est aussi le titre du dernier ouvrage du philosophe Roger Pol Droit, que pourrait bien répondre l’imbécile, et que pourrions nous répondre nous qui nous vantons de ne pas l’être?
L’imbécile ne répondrait pas à cette question, il serait terrassé par elle, ou il se jetterait dans l’action pour jouir encore un peu et consommer le temps.
Seule la lucidité peut donner sens à l’existence.
Si l’imbécile est un ignorant, s’il est idiot, s’il est incapable de s’élever à sa propre humanité, alors nous n’avons rien à lui envier car nous n’avons rien de commun avec lui.
Envier c’est se tromper, c’est croire que les autres ont les réponses à nos questions. L’imbécile n’a pas de réponse, car il ne se pose aucune question.
On peut reprocher à l’imbécile sa bêtise, c’est en ce sens qu’il ne doit pas être un modèle pour nous. Le bonheur a mille visages, mais le bonheur de l’imbécile est un mirage.
Il n’a pas la maîtrise de sa réalité, je ne peux envier à l’autre ce qui ne lui appartient pas, or le bonheur n’appartient à personne, car il n’est jamais défini ou définitif. S’il me restait une heure à vivre je pourrais encore être heureux devant un soleil couchant, devant « la poussière des instants », devant le parfum d’une fleur ou la beauté d’un visage.
George Bernanos disait que l‘optimiste est un imbécile heureux et que le pessimiste est un imbécile malheureux, ils ont en commun de ne pas entendre la fragilité de chaque instant qui porte l’éternité pour celui qui sait l’entendre.
Démocrite selon la légende est le sage qui rit, car il entend et se moque de la bêtise ordinaire des hommes qui cherchent leur bonheur en dehors d’eux-mêmes alors qu’il est toujours à côté dans notre capacité à l’entendre. On ne peut le comprendre qu’en l’associant aux larmes d’Héraclite, lucide sur notre sort commun.
Celui qui envie l’imbécile échoue deux fois, car le bonheur de l’imbécile est un leurre et le chemin de l’envie une impasse.
L’éloge de l’ignorance semble plus crédible que celui de la jalousie, car envier la pierre c’est jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est vouloir être heureux au prix de son humanité.
Un rien rend l’imbécile heureux mais en rien il ne l’est. Celui qui sait se satisfaire du nécessaire sait se satisfaire de tout, il ne s’agit pas tant d’être heureux que de vouloir l’être.
Aussi si je peux envier le bonheur de l’imbécile c’est que je me trompe sur sa nature, de même si j’envie le bonheur du sage, j’oublie que je dois signer mon propre bonheur et que seul celui que je construis moi-même pourra vraiment me convenir.
C’est Spinoza dans la joie de l’esprit triomphant qui nous indique la voie du bonheur ; ni rire, ni pleurer mais comprendre !
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