Le sacrifils, ou le sacréfils, naissance et essence de l’angoisse.
Quand Abraham obéit à Dieu et accepte de sacrifier son fils unique (Isaac ou Ismaël), il fait l’expérience difficile de la foi qui repose sur la conviction et non sur la raison ou les faits.
Un ange vient arrêter son geste et sauve l’enfant…
Qui nous dit qu’il allait vraiment le faire?
Certaines traditions d’interprétations des textes anciens laissent croire qu’Abraham n’avait pas compris ce que Dieu désirait. Qu’Isaac assiste au sacrifice, pas qu’il remplace le bélier…
On peut considérer que le choix d’Abraham est celui de tout homme qui doit décider et s’expose ainsi nécessairement à l’angoisse du mauvais choix.
Quand on regarde les tableaux de Rembrandt et de Caravage, on voit l’étonnement sur les visages d’Abraham, comme si le geste arrêté n’allait pas de soi. Comme si ne pas aller au bout, mais au bouc, n’était pas un soulagement. Je remarque que Le Caravage nous montre l’ange désignant le bélier, le couteau qui rend sacré ne quitte pas la main du père, allant de la gorge humaine à celle de l’animal. Rembrandt fait tomber le couteau de la main du vieil homme et cette chute laisse un peu de temps à la bête. Car ici on change de bête simplement, car l’enfant est sans visage…
Échapper à l’angoisse en masquant la réalité.
Nous ne sommes responsables que parce que nous sommes libres, mais cette liberté est productrice d’angoisse, nécessairement. L’angoisse c’est la saisie réflexive de la liberté dit Sartre.
En somme, donner naissance c’est donner la mort aussi, car c’est autoriser tout ce qui pourra être, tout ce qui pourra advenir à l’autre.
Abraham était prêt à confier son enfant à Dieu… Nous, nous le confions aux hommes, au monde et nous sommes aussi terrifiés devant ce geste qu’Abraham devant le reflet de la gorge de son fils dans la lame du couteau.

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