Faut-il parfois désobéir aux lois ?
D’Antigone à Jean Moulin, les exemples historiques de situations qui ont conduit des citoyens modèles à se désolidariser des lois de l’État dans lequel ils vivent, sont nombreux et toujours riches d’enseignements.
L’exemple le plus intéressant pourrait être celui de l’écrivain américain, Henry David Thoreau qui en refusant de payer ses impôts, à initier un mouvement de désaccord, qu’il théorisa à travers le concept de désobéissance civile.
Il publie cet essai en 1849, il y démontre que le citoyen, en accord avec la logique ne peut financer des actes qu’il ne cautionne pas, ici l’esclavage ou la guerre au Mexique. Pour lui il s’agit d’être homme d’abord et sujet (citoyen) ensuite.
Dans la question proposée, les deux éléments-clé qu’il convient de problématiser, sont l’idée de l’exception (le parfois) et le concept de désobéissance qui ne doit pas être confondu avec celui de la transgression.
Il ne s’agit pas de donner une légitimité au hors-la-loi (outlaw) mais de penser la désobéissance comme un acte de citoyenneté, poser le droit inaliénable de s’opposer.
La question est donc; sous quelles conditions que l’on pose comme principes, l’individu peut-il s’opposer tout en restant fidèle aux engagements citoyens?
Respecter la loi et lui obéir sont deux choses différentes. Ceux qui obéissent ne respectent pas nécessairement, ainsi en désobéissant je montre alors mon respect… C’était le sens du sujet. Parfois ne veut pas dire à l’occasion (suivant les circonstances) mais par principe.
Quand Thoreau s’oppose à la loi de son pays, il le fait dans un contexte certes particulier, mais au nom de valeurs, qui elles, sont universelles.
NB :
Notre réflexion s’engage dans un contexte qui est celui d’une démocratie. Car dans le cadre de la loi du plus fort, la désobéissance n’est pas une option, mais un devoir, une nécessité. Si le tyran me demande de l’aider, satisfaire à sa demande fait de moi plus qu’un complice, je deviens par ma responsabilité tout aussi coupable que lui.
I) En ancrant votre argumentation dans le chapitre XX du TTP de Spinoza
Désobéir c’est peut-être se montrer réellement citoyen.
Montrez que nous ne pouvons en démocratie cautionner toute transgression de la loi qui serait non une désobéissance mais une prise de liberté, un déni de justice. Thoreau agit sans violence et accepte le jugement auquel il est soumis. Toute remise en cause du système doit viser la pérennité de celui-ci et non son anéantissement. Les résistants français se battent au nom de la France, pas au nom de Vichy.
Le révolté, l’indigné n’est jamais un rebelle.
Mais par contre se donner les moyens de manifester son désaccord relève de la responsabilité du citoyen. Agir en mouton, ce n’est agir en honnête homme. Le changement nécessaire peut commencer par la prise de conscience et le positionnement d’un seul. Les conditions sont certes contingentes, mais elles ne sont que le cadre d’une prise de conscience qui dépasse la relativité d’une époque.
II) En s’appuyant sur la morale kantienne (Fondements de la métaphysique des mœurs)
Car l’individu peut à lui seul porter le sens de l’humain.
On pourrait croire que tout refus d’obéissance est synonyme de transgression. Si l’on considère que ce désaveu de la loi est fondé sur des principes qui visent le respect de l’humain, et de l’humanité, alors à l’évidence parfois quand les droits universels sont bafoués, il ne reste que le refus pour exprimer la voix de la raison.
Désobéir c’est surtout refuser d’obéir. Thoreau ne fait rien de mal, il ne fait pas, c’est bien différent.
On voit que l’attitude des résistants français est plus délicate, car elle conduit par exemple, à l’obligation de tuer, parfois même des innocents. Dans l’absolu kantien, au regard des impératifs catégoriques, il n’y a pas de place pour une désobéissance active, mais seulement passive. Le juste ici a les mains propres, surtout parce qu’il n’a pas de mains. Désobéir ne doit donc n’engager que notre réalité propre et individuelle.
III) En reposant les principes du contrat social de Rousseau
La désobéissance civile est l’expression du civisme. Comment imaginer que le citoyen soit sourd et aveugle aux exigences de la vie publique. En donnant une force au juste, à l’équitable, Rousseau lui a donné aussi une conscience. Ma voix ne compte pas plus, mais surtout elle ne compte pas moins et ne doit donc pas se taire quand les principes qui ont permis la mise en commun des libertés pour une plus grande liberté et une plus grande humanité sont mis à mal. Si je me trompe j’en accepte l’augure, mais comme je désobéis sans transgresser , sans agir contre mais en n’agissant pas, tout en clamant les motifs de mon refus, j’encourage toute conscience à réfléchir avec moi et à se faire l’écho d’une exigence d’humanité plus grande.
Ainsi désobéir n’est plus un acte personnel mais citoyen !
Conclusion
Devant une machine politique qui a tendance à faire du citoyen un client ou un consommateur, il essentiel de penser la nécessité de la désobéissance civile comme la garantie d’une démocratie vivante et fidèle aux valeurs qui l’ont vue naître.
Il faut désobéir parfois c’est le signe d’une vigilance et d’une espérance. Mais surtout il ne faut jamais obéir aveuglément.
On pourrait aussi bien convoquer les théories de Stanley Milgram qui dans les années 60 a démontré combien il était nécessaire de rester éveillé et de ne pas sombrer dans la torpeur docile et confortable de l’acceptation mécanique.
C’est tout l’enjeu du refus de la pensée unique et du politiquement correct.
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