A noter : Magritte et Baudelaire ont au moins en commun le mois d’août 67, 1867 pour la mort de Charles et 1967 pour celle de René…
Baudelaire
La mort des amants
Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.
Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;
Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Commentaire :
Il y a comme deux mondes qui se côtoient, celui d’une réalité où l’amour est difficile, pénible, jamais heureux et celui de l’au-delà qui rend toute chose simple et accessible. La fusion remplace la confusion des sentiments. La mort est pourtant déchirante, elle arrache des sanglots au corps, au cœur peut-être mais pas à l’âme. La vision est sans conteste platonicienne, la vérité passe par la mort et ne peut être comprise réellement dans le monde sensible. On ne voit à travers le prisme de la vie que l’ombre de ce qui est. Les amants s’aiment au-delà de ce qu’ils croient ou de ce qu’ils peuvent.
Les esprits se rencontrent et se rendent compte dans la mort que leur amour terrestre n’était
qu’une étincelle annonçant un brasier bien plus grand. Mais patience, il faudra d’abord passer par les affres et les tourments des amants.
Baudelaire parvient à nous faire saisir le hiatus nécessaire entre l’amour et sa médiation imparfaite dans sa phase corporelle.
La mort est ce qui commence, ce qui termine et non pas ce qui finit ou anéantit.

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