Une liberté à la mesure de l’homme

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Dissertation

La liberté est-elle dans l’indifférence ?

La liberté n’est pas indifférente à elle-même, au pouvoir qu’elle représente, à sa capacité à se réaliser et à s’autodétruire. Ainsi il nous faudra établir les conditions, les modes d’indifférence, afin de penser l’indifférence qui marque la liberté plus que celles qui la manquent.
La liberté ne naîtrait pas dans l’indifférence mais de l’indifférence à sa propre essence ?
Car choisir dans, par indifférence, n’est pas faire le choix de l’indifférence. Mais à quelles conditions cette indifférence sur un mode positif pourrait-elle être une manifestation authentique de la liberté ?
Dans l’Éducation sentimentale de Flaubert, l’attitude de Frédéric en fin de roman, quand Mme Arnoux s’offre à lui, relève de cette indifférence manifestation de la liberté et non abdication lâche devant des possibles faciles. Devant cette liberté là, « il tourna sur ses talons et se mit à faire une cigarette ».

I) La liberté n’est pas dans l’indifférence comme l’obscurité est dans la nuit. Descartes dans la quatrième de ses méditations métaphysiques fait de cette liberté un plus bas degré, c’est dire que plus bas il n’y a pas de liberté. L’âne de Buridan n’est pas moins libre, car il n’est jamais libre. Il ne choisit pas, il est choisi déterminé par un processus qui le commande au-delà de lui-même.
Choisir sans raison, ce n’est pas choisir vraiment, c’est être choisi. Ainsi c’est le clinamen épicurien qui fait office de raison et laisse l’individu dans l’illusion d’une liberté de choix qui se niche dans l’acte, alors même que celle-ci est dans ce qui engage l’acte.
Comme un en-soi, la liberté dans l’indifférence fait de l’individu un être manipulé par son ignorance, le manque guide alors son choix, comme Frédéric est conduit malgré lui à aimer sur une rencontre, sur un profil saisit au détour d’une ombre.
On croit naïvement qu’être neutre devant un choix c’est se montrer libre. Rien ne me détermine, donc je suis maître du choix, mais ici, il s’agit d’une illusion de liberté, une coquille vide, un geste qui accompagne un vent fort ou fou!

II) Mais peut-être, que le mode actif de l’indifférence, au-delà de l’ignorance serait dans le refus de ce qui se présente avec évidence, l’omniprésence omnipressante  des raisons serait refoulée avec indifférence.
Par indifférence à ce qui semble tout tracé, nous ferions la preuve de notre capacité à aller au-delà de ce qui nous éclaire. Frédéric sous la plume de Flaubert se détourne de Louise, mais pour autant ne trouve pas le bonheur ailleurs.
Nous pouvons toujours refuser ce qui se présente comme une voie royale, refuser la déférence et s’engager dans le mépris qui se confond en méprise.
Descartes écarte cette lecture de la liberté dans l’excès, car ici être indifférent c’est être fautif, c’est oublier que seules les raisons peuvent éclairer notre lanterne.
Même si le libre arbitre autorise cette prise de distance, elle ne signifie pas autant l’acte libre, car elle fait une liberté à la démesure de l’homme.
C’est toujours dans l’enclos de la situation et du projet qu’il faut poser, positionner la liberté, sans la fantasmer, sans la caricaturer et la dénaturer sous prétexte de la vivre pleinement.

III) Si la liberté n’est pas dans l’indifférence, elle naît de l’indifférence mais pas d’une indifférence absurde qui se masque d’absurdité et de non sens. Il s’agit de faire le choix de l’indifférence et non pas d’y céder.
Devant le pouvoir de la liberté à s’aveugler de sa propre puissance, l’individu doit de prémunir de lui-même et poser les limites de l’expression de son pouvoir.
Frédéric pourrait se brûler aux derniers feux de Mme Arnoux, mais quand la personne aimée n’est plus avec vous, car elle ne l’a jamais été, c’est en toute logique que 27 ans plus tard, il se détourne d’elle et ne rallume pas la mèche d’un amour éteint à tout jamais.
Ainsi être indifférent c’est ne pas pouvoir être autre, choisir l’indifférence, faire ce choix c’est définir la réalité de sa liberté et de sa condition.
La liberté ne peut se nourrir d’elle-même, elle ne peut que s’y perdre et briller d’un feu de paille suicidaire. Elle doit donc se refuser à s’engager vers ce qui la condamne.
Dans la lettre à Mesland, Descartes accorde du bout des lèvres un libre arbitre qui permet de témoigner de notre liberté, mais cet absolu de la liberté ne peut s’entendre que dans une perspective métaphysique qui permet de poser la responsabilité du mal en toute conscience.
La liberté n’est pas tant une faculté qu’une capacité aussi l’indifférence ne doit pas être l’expression mais le moyen de la liberté. Non pas en refusant le bien quand il est clairement établi, mais en s’opposant à une démonstrativité spécieuse de ce pouvoir que nous devons penser à la mesure de l’homme.

C’est en liberté que Frédéric Moreau n’a pas été sensible, s’est montré indifférent à la dernière démarche de femme de Mme Arnoux. Il aurait pu fantasmer cet amour qui n’a jamais connu d’issue, il a choisi de poser les limites de la réalité.
Etre indifférent, ce n’est donc pas l’être au sens de l’en-soi sartrien, c’est l’être comme un être de liberté qui la bride pour mieux la vivre.
Il faut choisir de refuser ce qui nous éloigne de nous-même, car si tout choix témoigne de la liberté, tous ne nous y conduisent pas.
Faire le choix de l’indifférence à une liberté absolue, rêvée, c’est faire le choix d’une liberté authentique.


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