Réflexions autour d’un texte de Malebranche

« Mais un vrai ami ne doit jamais approuver les erreurs de son ami. Car enfin nous devrions considérer que nous leur faisons plus de tort que nous ne pensons, lorsque nous défendons leurs opinions sans discernement. Nos applaudissements ne font que leur enfler le coeur et les confirmer dans leurs erreurs; ils deviennent incorrigibles; ils agissent et ils décident enfin comme s’ils étaient devenus infaillibles. D’où vient que les plus riches, les plus puissants, les plus nobles, et généralement tous ceux qui sont élevés au-dessus des autres, se croient fort souvent infaillibles, et qu’ils se comportent comme s’ils avaient beaucoup plus de raison que ceux qui sont d’une condition vile ou médiocre, si ce n’est parce qu’on approuve indifféremment et lâchement toutes leurs pensées? Ainsi l’approbation que nous donnons à nos amis, leur fait croire peu à peu qu’il ont plus d’esprit que les autres: ce qui les rend fiers, hardis, imprudents et capables de tomber dans les erreurs les plus grossières sans s’en apercevoir. C’est pour cela que nos ennemis nous rendent souvent un meilleur service, et nous éclairent beaucoup plus l’esprit par leurs oppositions, que ne font nos amis, par leurs approbations; parce que nos ennemis nous obligent de nous tenir sur nos gardes, et d’être attentifs aux choses que nous avançons; ce qui seul suffit pour nous faire reconnaître nos égarements. »

Malebranche, La recherche de la vérité, 1674/1675, chap. XIII

Malebranche (1638/1715) dans cet extrait nous invite à réfléchir à cette inclination naturelle qu’est l’amitié.
Quand nous écoutons un ami, nous le faisons avec notre coeur et pas avec notre esprit. Nous lui accordons du crédit sans même interroger ce qu’il propose, la faveur et les rieurs sont rarement du côté de la vérité dit Malebranche.
Nous devons nous défaire du préjugé favorisant ou contredisant pour entendre la vérité et la corriger et ainsi permettre à autrui de progresser.
Mon ennemi n’a pas tort parce qu’il est mon ennemi, mon ami n’a pas raison parce qu’il est mon ami!
L’aspect le plus important du texte, même s’il est intéressant, n’est pas celui d’une amitié saine qui ne doit pas s’encombrer d’une politesse ou d’une indulgence coupables, au point de rendre vaniteux celui qu’on ne contredit pas.
Il s’agit de penser un accès à la vérité qui passe par un esprit critique, qui relève du sens commun et offre à chacun l’opportunité de révéler une vérité offerte à tous les hommes. L’ami doit nous garder en éveil sur nous-même et nos habitudes mentales. La confiance qu’il engage en nous, nous met en danger. En nous maintenant sur nos gardes, il nous permet d’être vigilant et conquérant dans la reconnaissance et l’établissement de la vérité.


2 réponses à « Réflexions autour d’un texte de Malebranche »

  1. Mardi je commence un café philo avec des secondes et j’avais prévu de proposer le thème de l’amitié. Ce texte constituera une bonne amorce à la réflexion. La philosophie est essentiellement provocatrice.

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  2. Tout à fait d’accord avec ces pensées-là, ce qui permet de redéfinir le véritable ami clairement. C’est effectivement celui qui vous dit la vérité sur vous-même.
    Le plus dur, c’est de garder ses amis lorsqu’on est cet « ami » là, à deux doigts d’une pensée « ennemie », souvent mal reçue parce que critique par l’ami(e).
    De la difficulté de garder ses ami(e)s…

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