Laissez entrer Eli dans votre vie !

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Morse est un film à voir et à réfléchir !
Il tient son titre du moyen de communication des deux ados, pour se parler d’appartement à appartement. Le titre original étant ; Let the right one in, laissez entrer le bon, c’est une référence au fait qu’un vampire ne pourrait rentrer dans une maison que si on l’y invite.

Si vous aimez Twilight, alors quels mots pour exprimer les émotions devant la romance froide et pure d’Eli, vampire désespérée et Oskar, ado complexé et souffre-douleur.
Ce film de Thomas Alfredson, son troisième, est sorti en 2008, il est tiré d’un roman, adapté (retravaillé) par l’écrivain lui-même pour le cinéma.
Nous sommes dans une ville de froid et de neige, où la lumière est discrète et les nuits diaphanes, Stockholm, mais si le lieu est envisageable, l’époque est indéterminée, hier, demain, tout semble figé dans une attente improbable.
Les seconds rôles sont très importants, ils apportent des pistes au spectateur et renouent avec le roman original, sans pour autant contraindre le sens. Le complice d’Eli n’est pas, par exemple, complètement défini, à la fois père et gardien, protecteur et bourreau…
Rien de spectaculaire dans ce film, sinon par touches impressionnistes, qui construisent un tableau sans ouate, de la vie dramatique de cette « jeune » fille qui doit se nourrir de sang pour survivre, sans y prendre de plaisir, simplement comme on porte un fardeau.
Cette difficulté n’est pas sans évoquer la métamorphose de la femme, le sang qui rythme son quotidien, tandis que le garçon s’éternise dans une enfance sans repères. Ce qui manque le plus à Oskar c’est un but, une définition de lui-même. Elle souffre de son identité, il est malade de sa banalité, leurs difficultés s’annulent en se rencontrant. Pas de sexualité, mais une émotion naissante, leur relation grandira avec eux, si leur destin est de se trouver sans se perdre.
Des silences comme dialogues, des mots-phrases comme dans le prélangage, car Eli et Oskar débutent vraiment dans leur existence, leur rencontre est une re-naissance.
Que dire de la musique composée par Johan Söderqvist ? Un pur moment d’apesanteur, des thèmes harmonieusement mêles « de et au » silence. L’intimité de la musique, comme un écho des troubles intérieurs de nos deux héros, certains pensent que Söderqvist a été inspiré par la musique de Gabriel Fauré, si vous écoutez sa célèbre Pavane, on peut y retrouver une ambiance, une subtilité mélodieuse, une lenteur à l’écoute des élans du coeur. Je ferai remarquer en clin d’oeil, que Ravel a composé aussi une Pavane pour une Infante défunte, ici il s’agit d’un enfant condamné à survivre à sa mort, mais Eli est aussi une princesse (dans notre imaginaire au moins).
Je terminerai par l’importance donnée par le réalisateur aux regards (en particulier celui de Lina Leandersson), ils sont essentiels, car ils expriment l’intégralité de l’être, au-delà de ce qu’il peut dire…


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