Jean-Christophe RUFIN
Le Parfum d’Adam édition Flammarion, janvier 2007
Il fut un temps où l’homme sur cette planète n’était qu’un vivant parmi les vivants. Il devait lutter pour survivre, parfois sa mort était inéluctable mais naturelle.
Il vivait en harmonie avec son monde, tout à tour, proie ou prédateur.
Ensuite devenu, « maître et possesseur de la nature » selon l’expression cartésienne, il a progressivement changé de statut, pour atteindre celui d’espèce dominante et dangereuse, non seulement pour lui-même mais pour la planète toute entière. Son espèce n’est plus « régulée », alors comme un parasite, elle envahit son monde et le met en danger.
Comment faire de cette espèce une chance pour la terre et non plus une menace extrême ?
Les mouvements écologistes ciblent les industries polluantes, mais l’homme dans sa frénésie d’existence n’est -il pas le levier le plus important à actionner pour sauver la planète ?
Les pauvres s’entêtent à se reproduire… Vous allez me dire que la contraception et l’éducation pourraient remédier à cet état de fait. Le propos de Rufin, à travers ce roman philosophique par certains aspects, est plus cynique et plus radical. Imaginons un agent infectieux, mortel et fortement contaminant (non pas la grippe A, quoique…), une maladie ancienne qui pourrait faire des ravages dans les pays les plus pauvres…le choléra !
Son livre nous promène de personnage en personnage, de pays en pays et d’idées en idéologie. Il ne perd jamais son lecteur, il lui donne tous les repères nécessaires et le laisse penser par lui-même. A la fin, au-delà de l’intrigue, il y a notre propre point de vue sur l’avenir de notre espèce sur Terre. Sommes-nous disposés à des sacrifices? Lesquels ? La vie doit-elle l’emporter sur l’existence?
L’homme humble va vers les fauves meurtriers
Dès qu’ils le voient, leur sauvagerie s’apaise.
Car ils sentent, venu de lui,
ce parfum qu’exhalait Adam avant la chute,
lorsqu’ils allèrent vers lui et qu’il leur donna
des noms au Paradis.
Isaac le Syrien
Traités ascétiques

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