La beauté touche les sens et le beau touche l’âme ! (Joseph Joubert )

Comment comprendre cette phrase ?

Il faut partir de la distinction percept/concept. Il y a ce que nous percevons et il y a ce que nous pensons de ce que nous pouvons percevoir. Paradoxalement regarder ce que nous voyons, c’est souvent s’éloigner de l’émotion initiale. Quand on regarde la Joconde; peut-on s’interdire de penser aux interprétations du sourire énigmatique, peut-on la regarder pour ce qu’elle est ?

Voici trois « objets » artistiques :

[A]juliannescreation2.jpg[B]lesamants.jpg[C]gondorbeach.jpg

Ce qui les sépare est à la fois de l’ordre du naturel, du réel et du figuratif.

Dans [A],le libre jeu des couleurs et des formes permet à l’esprit de ne pas se saisir du sens mais d’accepter, de recevoir l’oeuvre pour ce qu’elle est. Sans vouloir caricaturer la pensée kantienne, on est face à l’harmonie des facultés. On attend rien, on n’entend rien, il y a une forme de passivité face à l’objet, on le respire, on le sonde, mais les mots ne viennent pas remplacer sa réalité. Le langage vient souvent parasiter les émotions, dire c’est trahir et c’est s’éloigner, désigner c’est être à distance, c’est aussi maîtriser.

Dans [B], le concept est présent dès le début et oriente la réception de l’oeuvre. Japon, Asie, amour, trahison mais aussi la grisaille, l’humidité sans oublier la quiétude du paysage et l’inquiétude des personnages. L’auteur peut-il communiquer un message par le biais de son art ? Peu importe, ce qu’il engage, ce n’est pas le sens, c’est l’obligation de donner du sens. C’est une histoire qu’on se raconte nécessairement. Il y la volonté de vivre le tableau mais l’impossibilité d’y parvenir. C’est approcher la beauté avec la fragilité des cornes d’escargot, c’est vivre l’imperfection consciente (cf. Nicolas de Staël).

Enfin [C] nous présente la nature dans sa diversité et dans sa grandeur. Le paradoxe, c’est qu’ici les mots viennent (arbre, neige, sable…) mais sans nous éloigner, bien au contraire de ce que nous regardons. La nature est inépuisable, elle est incommensurable, elle demeure un mystère. Il ne s’agit donc pas de la circonscrire, il s’agit au mieux de la rencontrer. Pourquoi vouloir imiter la nature ? Hegel nous assure d’un échec annoncé mais aussi d’une totale inutilité. A moins comme Zeuxis de vouloir tromper des pigeons avec des raisins peints. L’artiste se nourrit de la nature et cherche à renouer avec sa force créatrice, d’en être digne !

 

Le beau est donc un concept culturel, relatif, propre à une société ou à une religion, voire même à une idéologie. La beauté nous arrive sans filtrage et nous saisit à la gorge au-delà de nos préjugés.

femmegirafe.png

Cette femme est-elle belle ? Sa beauté touche mes sens, mais le beau cou heurte mon esprit. Devant une réalité nous n’avons pas toujours la possibilité de recevoir librement ce qui nous fait face. L’objectivité est-elle possible devant une oeuvre d’art ?

La femme qu’on aime, la femme qu’on désire est toujours belle. Celle qu’on quitte n’est plus perçue (en même temps dans l’amour, aimer c’est n’aimer personne. Ce n’est pas toi que j’aime, c’est ce que j’aime de toi!  Mais on peut apprécier la beauté sans aimer la personne… du moins je le crois.

Elle est jaugée et jugée, elle ne fait plus l’affaire. Devant la Joconde, je suis donc face à une femme ou face à un mythe, de ce choix dépend ma perception par les sens ou par l’essence ! La beauté vient à moi, le beau part de moi (parle de moi).

 

 


2 réponses à « La beauté touche les sens et le beau touche l’âme ! (Joseph Joubert ) »

  1. Très intéressant. Baudelaire disait aussi que « Le Beau est toujours bizarre », comme si, dans le beau, il était toujours question d’un saisissement, d’un choc pour le spectateur ou le lecteur, choc qui serait comme le garant de la modernité de l’oeuvre, et cela quelque soit l’époque à laquelle l’oeuvre paraît, s’expose. Merci Frédéric pour ces textes plus théoriques qui font du bien à la pensée.
    A bientôt

    J’aime

  2. Avatar de bulté charline
    bulté charline

    cet article me rappelle le sujet du bac que j’ai choisit, sr le beau et la beauté .

    J’aime

Laisser un commentaire