Une nouvelle inédite, éditeur Grasset, octobre 2008.
Louis tombe amoureux sans le vouloir (à sa raison défendante) de l’épouse de son supérieur et protecteur, contraint de la quitter pour deux années au Mexique, ils se promettent l’un à l’autre à son retour. Mais ils ne se reverront que 9 ans plus tard. La passion résistera-t-elle à l’épreuve du temps ?
Zweig décrit l’émotion des premiers moments de la passion libérée avec une dextérité qui confine au sublime. Il parle pour nous de nos propres ivresses. « Les dix jours qui les séparaient du départ, ils les passèrent tous deux dans une continuelle et grisante frénésie ». Ils se cherchent sans cesse se trouvent souvent pour un baiser furtif, une caresse volée, « mais ce n’était jamais assez, tous deux le sentaient : jamais assez ». Ils n’iront jamais plus loin, pas avant ce départ crève-coeur.
Le retour est difficile, le temps a faussé les repères sans effacer la mémoire. Ces vers oubliés qui lui reviennent soudain, cette poésie d’autrefois, symbolisent toute l’illusion d’un présent qui ne saurait ressusciter le temps.
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres cherchent le passé
« La voix prémonitoire du passé » qui souligne que le temps refusé est perdu à jamais.
Jamais nous ne pourrons revenir sur ce que nous n’avons pas engagé. Il est faible de croire que le fil du temps qui tient le passé et le présent réunis pourrait être assez solide pour ramener le virtuel au réel. Nous devons faire le deuil de nos actes manqués et supporter le poids des possibles morts nés.
Cette nouvelle est une leçon de réalisme et nous alerte sur le danger de la passion non assouvie. Elle demeure en nous comme une plaie dissimulée qu’aucune médecine ne pourra atteindre, à moins de la confronter à la vérité du temps.
Merci à Romain pour cette lecture !

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