Le Passé devant soi de Gilbert Gatoré, édition Phébus, janvier 2008
Le génocide (dont l’étymologie renvoie à la volonté d’exterminer un peuple) au Rwanda s’est déroulé du 6 avril 1994 au 4 juillet. Il opposait le Hutu Power au Front patriotique rwandais ( Tutsi).
Selon l’ ONU, on peut estimer à 800 000 le nombre de morts ( Tutsi pour la plupart) en douze semaines.
Gilbert Gatoré est un témoin de cette période. Cet homme de 27 ans, qui réside à Paris depuis 11 ans nous plonge avec subtilité et pudeur dans cet enfer.
Son roman (c’est d’abord un roman) trouble les cartes et ne nous présente pas d’emblée, les personnages dans leur rôle principal ou dans leur histoire personnelle. Ainsi l’assassin est d’abord un pauvre garçon, et Isaro une fille perdue qui rompt le lien avec ses parents adoptifs.
Puis Isaro devient celle qui fait un retour en Afrique, comme on retourne sur les traces d’un passé qu’on ignore pourtant. Le contact avec ses racines va vaincre les résistances qui lui interdisaient l’accès à son passé et aux conditions de la mort de ses parents. Son parcours nous initie à l’horreur et nous fait rentrer pas à pas dans l’indicible, dans le monde des « coupeurs » de barbares.
Niko, lui, est un reflet dans le miroir d’Isaro. Il se cache pour oublier, mais n’y parvient pas. Elle veut comprendre à travers lui pour se réaliser, mais lui se laisse mourir pour oublier.
Ne vous attendez pas à échapper aux aspects les plus inhumains de ces crimes, mais Gatoré ne nous met face à l’horreur que de façon nécessaire, il n’abuse pas de ce qui est malheureusement le coeur de ce roman. Son écriture est subtile et nous oblige, non pas à voir les actes mais plutôt à les vivre, à les saisir de l’intérieur.
Il y a un passage qui philosophiquement est assez proche des réflexions sartriennes sur la responsabilité. Peut-on réduire un assassin à son geste? Il est un en-soi qui change, si l’homme est sujet, il est un « pour-soi » c’est à dire une conscience qui se pense et qui se dértermine en situation. Mais cet en-soi qu’il crée, il ne peut y demeurer. L’homme qui tue n’est pas son geste pour l’éternité, et c’est la raison pour laquelle on peut le juger. S’il était demeuré son geste, s’il le faisait encore devant le tribunal, nul doute qu’il serait lourdement condamné, voire tué. Niko est ainsi celui qui a été un génocidaire, l’est-il encore ? De même Isaro est une rescapée de l’horreur, le sera-t-elle pour sa vie entière?
Je vous laisse lire le livre de Gatoré, quant à moi, je dis merci à Jean-François pour me l’avoir prêté.



Laisser un commentaire