Lou Andréas-Salomé
Louise von Salomé est née le 12 février 1861 à Saint-Pétersbourg, elle meurt le 5 janvier 1937 à Hainberg, près de Göttingen.
Devant sa maison, alors qu’elle se meurt ( elle souffre de diabète et d’un cancer du sein), la gestapo monte la garde, la vieille dame représentante de la « science juive », c’est à dire la psychanalyse, était sans doute promise à la déportation. Après sa mort toute sa bibliothèque est déménagée par les nazis et les milliers de livres finiront en cendres…
Lou représente la femme moderne avant l’heure, car libre de son corps et de son esprit. Seul son rapport à Dieu laisse la marque d’une servitude, qui est en lien peut-être à son amour de fille et la détresse d’un père mort trop tôt. Ce père sera le fantôme des couples qu’elle formera, et sa virginité longtemps protégée le stigmate de cet amour exclusif.
Sa réelle existence de femme débute à Zurich à l’automne 1880, elle avait été préparée à la fois intellectuellement et sentimentalement par Hendrik Gillot, homme de Dieu et première victime de Louise, c’est d’ailleurs à lui qu’elle doit son prénom usuel, Lou!
A la suite d’une grande fatigue, elle part en Italie pour se reposer et fréquente les salons féministes de Malvina von Meysenbug. Elle y rencontre le philosophe juif allemand Paul Rée, et Nietzsche, ils forment alors un drôle de ménage à trois.
La fameuse photographie, comble du ridicule, qui date de mai 1882, symbolise peut-être les faux espoirs de Nietzsche, la détresse de Rée et l’inconstance de Lou.
Elisabeth, soeur possessive de Nietzsche (elle sera son ennemie à vie), lui demande des explications, lui reproche se conduite licencieuse (en apparence). Lou est sincère dans ses réponses, si quelqu’un a des intentions malhonnêtes… c’est Frédéric. Tous, cependant, voient dans les façons de Lou, la conduite d’une allumeuse de première.
Son rôle, son influence en négatif mais pas seulement dans l’oeuvre de Nietzsche, est pourtant importante.
A Berlin, Lou et Rée vivent leur amitié au grand jour. Elle publie en 1884, Une lutte pour Dieu, qui obtient un réel succès, qui rend très jaloux Paul Rée. Leur rupture est totale, quand Lou annonce son futur mariage avec Carl Andréas.
On sait que son départ fut une mort pour lui. Près d’une photographie d’elle, il lui laisse un mot : « Soyez bonne. Ne me cherchez pas! ». On le retrouvera mort en 1901, accident ou suicide ?
Son mariage est une illusion, elle ne se donnera jamais à Andréas, qu’elle appelle le petit vieux. Celui-ci se satisfait de la situation et fait de sa femme de ménage sa seconde femme, dont il a deux enfants dont Mariechen qui vivra avec Lou jusqu’à la fin.
Lou voyage en Europe et fait sa vie intellectuelle.
A partir de 1884, Lou se libère sexuellement et collectionne les aventures. Une période plus stable sera celle passée avec le poète autrichien Rainer Rilke ( elle change son prénom René, comme on l’a fait pour elle). Elle s’occupe de son écriture et le soutient dans son oeuvre. Elle voit leur relation comme un amour frère/soeur libéré des tabous.
Elle rompt avec Rilke en 1901, et tombe enceinte, mais sa grossesse cesse accidentellement.
Elle nourrit sa réflexion intellectuelle de cette libido qui se réalise ou se sublime dans l’écriture, voire même dans la foi.
Puis vient la rencontre avec Freud en 1912. Leur relation est un peu trouble, mais elle demeure intellectuellle. Freud souligne les qualités de réflexion de Lou et son sens inné de la psychanalyse. Elle participe réellement au développement de cette science naissante. Anal et sexuel publié en 1916 est l’ouvrage le plus apprécié de Freud. Elle y montre que la sexualité anale de la femme serait la plus libre, car débarassée de la reproduction, le vagin n’étant que l’antichambre de la naissance. Il est vrai que la contraception éclaire d’un nouveau jour cette théorie, pour autant la contraception implique le tabou du refus de la maternité.
Sa fièvre amoureuse ne tombe pas. Elle a une relation avec Victor Tausk, disciple de Freud, marié, deux enfants… En 1919, celui-ci se suicide, inconsolable… Pour Lou, toute passion ne peut être que brève. En effet une passion qui dure, c’est une habitude, une routine…
Elle reste proche de Freud, vit de psychanalyses. Freud ne tarit pas d’éloges. Leur correspondance est importante et régulière.
L’oeuvre littéraire de Lou est encore méconnue, elle a subi l’ombre de sa réflexion psychanalytique.
On notera l’amitié importante entre Lou et Anna Freud qui durera de 1921 à sa mort, elles se verront plusieurs fois et s’écriront beaucoup.
En 1930, c’est Andréas qui meurt… Lou a maintenant 70 ans. Elle ne cessera de réfléchir au sens des contradictions humaines et de « soigner » ceux qu’elle reçoit.


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