Un peu de philosophie pour le petit déjeuner ?

 

Je vous propose de réfléchir à cette question :

Les paroles ont-elles moins d’importance que les gestes? 

Vous allez me dire que le geste (l’acte) suit souvent la parole. Mais il y a des actes qui ne sont constitués que de  paroles. Exemple : Je te prends Micheline pour épouse… Cependant coucher avec Micheline suffit à la prendre pour épouse. Le cambrioleur ne dit pas qu’il vole, il prend ! L’acte est autosuffisant, sauf s’il demande une reconnaissance, comme le mariage où l’on prend à témoin.

Dire bonjour, vous le savez bien, ça ne mange pas de pain, le salut du matin est du même ordre que le petit geste des motards, qui pour certains auraient du mal à aller plus loin dans la conversation.

Pour revenir à l’amour, on dit souvent qu’il y a des petits gestes qui font beaucoup, un baiser sur la joue, une main sur l’épaule, mais un petit mot doux aussi.

Finalement à quoi bon vouloir « hiérarchiser » les gestes et les mots, ce qui compte c’est ce qui les porte, le projet qui les fait naître. Epouser une femme c’est avoir un projet à deux, que ce soit devant le maire, le curé, la lampe du salon ou le siège de la 4L …

Voici un corrigé proposé aux élèves,

Les paroles engagent-elles autant que les actes ?

Le bon sens populaire ici nous donne une réponse évidente, les paroles s’envolent, les écrits restent.

Mais le vent des mots peut engendrer la tempête chez l’autre et même en soi du point de vue psychanalytique.

Une parole peut-elle transformer le monde ? Un mot dit… maudit mot qui change tout.

La Tectonique des sentiments serait une bonne mise en situation Eric-Emmanuel Schmitt, décrit les conséquences terribles pour un couple d’un jeu de langage qui tourne mal et qui retourne les esprits au point de rupture des liens.

Il faudra finalement interroger la valeur même d’engagement d’un acte qui au fond est parfois aussi peu dense que nos paroles. Un bonjour n’est pas moins virtuel qu’une poignée de main ou qu’une main secourable sur une épaule de peine.

Les paroles engagent-elle moins que les actes, quand elles sont prononcées dans le cadre d’un projet déterminé?

L’exemple de la promesse montre bien la valeur « dense » d’un mot… La parole est ici donnée et pas seulement prononcée.

Ce qu’on dit n’est pas toujours ce que l’on fait

C’est devant le mur que l’on voit le maçon

D’ailleurs une promesse d’embauche orale n’a que peu de valeur devant la loi…

En même temps la parole prononcée met le sujet devant ses responsabilités.

Le fameux « mais tu l’as dit ! »

La réception faite par l’interlocuteur mais le locuteur face à ses responsabilités.

On ne dit pas « à la légère » qu’on aime ou qu’on désire…

Enfin une parole est une respiration…Je ne peux m’en dissocier ( Sartre), il y a une grande mauvaise foi à ne pas se reconnaître dans ses propos…

C’est l’usage performatif du langage (Austin). Dire c’est faire…

Oui je prends cette femme pour épouse… n’est pas qu’une parole, en particulier à l’Eglise…

Le témoin devant le tribunal répond de sa parole (il jure que ces mots sont des blocs de vérité).

En fait on ne devrait jamais parler à la légère, parfois on se cache derrière les mots comme si ceux-ci ne nous mettaient pas en situation de responsabilité permanente.

A nous d’intégrer les conséquences de nos paroles sur autrui (et nous même), pousser quelqu’un du bord de la falaise ou l’insulter, en définitive, quelle différence ?


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