Le défunt c’est moi !
C’est une autre histoire, une histoire que ma mémoire ignore. Celle d’une vie qui débute ici, sur ce banc verni de poussière, lorsque mon père se recueille et prie. J’ai le souvenir d’une grande tendresse, l’idée d’un amour qui s’honore, une promesse tenue.
Mais ce passé n’est pas le mien, pour moi il n’existe pas ?
Cari Defunti, j’imagine que ce disparu est le mien, aussi je pleure avec ceux qui le chérissaient. Mes larmes rejoignent leur coeur meurtri de détresse.
Per i nostri cari defunti.
Pour mes vies défuntes, pour ces vies que je ne vivrai pas, celles qui me blessent de n’être pas.
La lumière m’enveloppe soudain. Peut-être celle de l’esprit qui veille sur moi, l’ange qui me protège, l’autre de moi-même.
Dans cette église désertée, je me sens entouré, pénétré d’âmes bonnes et pures. Ici le monde cesse de me tourmenter.
Mais cette femme qui pleure tout son corps, cette Mater Lacrimosa, je le sais maintenant… c’est ma mère. Cet homme qui parle au silence… c’est mon père.
L’évidence me transperce et me glace, le défunt c’est moi et leurs chants tristes m’accompagnent vers un ailleurs qui m’attire et m’effraie.
Le défunt c’est moi et par ces mots, je m’acquitte du passé.

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